Comment Nutrisens prévient la dénutrition pendant la crise covid-19

Je m’appelle Aline Victor, je suis diététicienne-nutritionniste de formation, je travaille chez Nutrisens depuis un peu plus d’un an en tant que chef de projet en nutrition. Une de mes missions est de relayer de l’information et proposer des solutions sur le marché du domicile, notamment autour de l’enjeu de la dénutrition chez les personnes âgées fragilisées.

Quelle est l’activité de Nutrisens 

Aline Victor : Nutrisens est une structure française créée il y a une dizaine d’années. Notre siège est à Lyon et nous avons plusieurs usines en France. Nous sommes  un industriel agroalimentaire spécialisé dans les solutions nutritionnelles à destination des personnes fragilisées. 

C’est l’ADN de l’entreprise de travailler sur l’alimentation médicalisée avec le souci du goût et la qualité culinaire. Nous travaillons avec les établissements de santé et le secteur médico social. C’est l’historique de l’entreprise, mais nous souhaitons nous développer au domicile pour toucher les consommateurs directement. 

Nous travaillons sur cette clientèle avec les pharmacies puisque depuis le 1er janvier 2019, tous nos Compléments nutritionnels oraux (CNO) sont remboursés par la Sécurité sociale. 

Avec les structures d’aide à domicile en leur proposant des solutions pour l’accompagnement des personnes ayant des difficultés pour s’alimenter. Nous voulons leur apporter des solutions complètes et pratiques aux personnes qui en ont besoin. 

Nous cherchons à remplacer l’alimentation médicale par de l’alimentation plaisir. 

Tout cela doit s’accompagner de formations et nous avons développé une offre de services par un réseau d’ambassadeurs. 

Ce sont des diététiciens formés, experts sur les questions d’alimentation des personnes fragilisées. Ils sont aujourd’hui accessibles partout en France pour assister les structures, les aidants et les patients à mieux prendre en charge leur alimentation. 

Quels sont les freins auxquels votre réseau d’ambassadeurs est confrontés?

Aline Victor : Il y en a deux. 

Le manque de reconnaissance du métier de diététicien libéral dans la lutte contre la dénutrition. Ces professionnels sont connus pour leur action sur la perte de poids et l’action contre l’obésité. Ils n’ont pas la même reconnaissance populaire à propos de la dénutrition ou de l’alimentation des personnes fragilisées. 

Le non remboursement de ces consultations par la sécurité sociale. En l’absence d’un remboursement obligatoire, les diététiciens ne bénéficient pas de la même reconnaissance que les autres professionnels de santé.

En outre, le reste à charge constitue un frein supplémentaire au développement de notre activité.

Est-ce plus facile de travailler en institution, où l’action de la diététicienne est reconnue et remboursée ? 

Aline Victor : C’est plus facile en institution, car la diététicienne est intégrée à un parcours de soins et travaille dans une équipe qui comprend son action. 

Au domicile, nous sommes confrontés à des interlocuteurs qui sont insuffisamment formés et informés sur la maladie, le dépistage et les produits. Cet écosystème éclaté rend difficile la prise en charge. Au niveau des chiffres de la dénutrition, la part de dénutris à l’hôpital et à domicile est équivalente, cependant le dépistage est plus systématique et fiable à l’hôpital. 

L’enjeu d’avenir consistera donc à développer des modalités de dépistage et de prise en charge aussi efficaces en institution qu’à domicile. Je pense que nous pouvons avoir de très bons résultats à domicile à condition de mobiliser toutes les parties prenantes. Une action publique de prévention et une amélioration de la prise en charge des dépenses peuvent aussi jouer en faveur de comportements plus préventifs des citoyens. 

La question de la dénutrition est-elle comprise aujourd’hui, notamment par les publics à risque ?

Aline Victor : Les patients dénutris comprennent parce qu’ils sont confrontés à la maladie. Ils ont conscience de ce que cette maladie entraine et des conséquences sur leur état physique et moral. 

L’enjeu principal aujourd’hui, c’est la prévention. 

La dénutrition est une maladie peu connue et pour laquelle on ne maîtrise pas les facteurs de risque. 

L’enjeu du réseau des ambassadeurs, du Collectif de lutte contre la dénutrition et de tous les acteurs c’est de mieux faire connaitre les risques de la dénutrition pour éviter les situations sévères.

Parfois, l’intervention est trop tardive, car on intervient auprès d’un patient qui a déjà a perdu beaucoup de poids. Son système immunitaire est très affaibli et la marge de manœuvre est faible. Si nous pouvions intervenir plutôt par des prises en charge préhospitalisation ou préchirurgie, ou bien en fournissant du conseil préventif aux seniors, nous éviterions ces situations trop compliquées.

Comment développez-vous votre gamme de produits alimentaires ?

Aline Victor : Nous avons l’avantage de travailler en partenariat avec nos clients. Nous avons un centre de recherche qui nous permet d’améliorer le goût, la texture. Nous y travaillons sur le plaisir et la satisfaction client. 

En effet, il ne suffit pas de créer des aliments enrichis, il faut que les personnes les consomment. 

Notre leitmotiv c’est que le produit soit bon et pour cela, nous sommes à l’écoute des besoins des clients en termes de goût et de praticité. Nous avons affaire à des personnes fragiles, en perte d’autonomie qui a besoin de produits faciles à consommer. Nous avons un travail autour de l’usage afin que le rendu du produit corresponde aux attentes. 

Nous travaillons avec des experts et un comité scientifique qui nous accompagnent pour développer des produits qui répondent à un besoin de digestibilité et biodisponibilité des denrées. Nous avons un écosystème suffisamment large pour prendre en considération tous ces critères, afin que le service de recherche et développement ait une liste exhaustive des attentes vis-à-vis de notre offre. 

Une illustration de la méthode Nutrisens

Aline Victor : Prenons l’exemple de l’eau gélifiée. C’est un produit hydratant pour les patients qui n’ont pas la possibilité de déglutir de l’eau. Par exemple, les patients post-covid qui sortent d’une hospitalisation avec intubation ont besoin de ce type de produits. 

On a d’un côté un produit qui doit être en texture adapté, et répondre sur ce point aux recommandations des orthophonistes. 

D’autre part, nous devons être sûrs que le produit va être consommé, sachant que nous n’avons pas pour habitude de déglutir une eau épaissie, ce n’est pas habituel. Le produit doit être suffisamment goûteux, il faut trouver une osmose entre la texture, le goût, le parfum pour aider à la consommation du produit. 

Nous avons aussi travaillé avec des ergothérapeutes sur le design du pot. Il est en forme de verre. Les utilisateurs ont des difficultés à maintenir le produit dans la main. Il a été travaillé pour que le pot entre dans la prise en main, avec un travail de cuillerabilité, pour que la cuiller qu’on va introduire puisse récupérer l’intégralité du produit et faciliter sa consommation.

C’est à la fois le goût, la texture, le packaging, la préhension, l’ergonomie pour répondre à l’hydratation de la personne dysphagique. 

À qui s’adresse l’eau gélifiée ? 

Aline Victor : Cela peut être un problème mécanique ou neurologique.

Cela peut être neurologique post AVC ou Alzheimer : un défaut neurologique empêche le patient de contrôler l’acte de déglutition.

Mécanique : c’est le cas typique des patients post covid qui ont été intubés. Leur tube digestif est irrité, sensible, ils ne peuvent pas boire correctement, car l’organe qui permet de déglutir est altéré et on doit le soulager.

À propos de Covid-19, vous lancez début mai une plateforme d’accompagnement gratuite pour aider les seniors confinés à bien s’alimenter. Comment avez-vous décidé de mettre ce projet en œuvre ? 

Aline Victor : La création de la plateforme est contemporaine de la crise covid-19. Dans le cadre de notre stratégie de développement à destination du public à domicile, nous cherchons à créer des services de soutien et d’assistance. Nous avons imaginé un système de téléconsultation en diététique pour aider les publics vivant dans des déserts médicaux. 

Ce service est assuré par nos ambassadeurs — experts. L’offre fonctionne toute l’année hors covid 19 et propose une consultation de 30 minutes en visioconférence pour les personnes qui recherchent des solutions pour pallier à certaines pertes de poids.

Dans le cadre de la crise sanitaire, nous avons pensé à adapter notre service aux besoins particuliers des personnes âgées isolées et confinées, coupées de liens sociaux. Les risques au regard de cette problématique peut déboucher sur de la dépression, de la déprime, moins envie de manger, accès compliqué à l’alimentation. On risque de restreindre leur alimentation. Et il s’agit de personnes vulnérables au risque de dénutrition, 

Nous estimons que cela fait partie des actions de solidarité de Nutrisens de proposer des échanges sociaux.

Pour pouvoir discuter avec les personnes.

Prendre le temps pour comprendre leurs problématiques et profiter de cet échange pour voir comment ils s’alimentent. Nous souhaitons être à l’écoute des signaux révélateurs d’un problème ou d’une situation à risque, pour alerter si nous détectons des situations compliquées.

Vous avez pu mettre ce projet en œuvre grâce au concours de la Silver Alliance, dont vous êtes membres. Quel rôle joue la Silver Alliance dans le dispositif ?

Note : la Silver Alliance est une alliance professionnelle de sociétés spécialisées dans les produits et services à destination des seniors vivant à domicile.

Aline Victor : Nous cherchons à développer notre offre grand public, mais à ce jour, notre clientèle est essentiellement constituée de professionnels du médical et du médico-social.

Pour déployer un service destiné au grand public, nous avions besoin de nous adosser sur un réseau existant. Cela a fait sens de travailler avec la Silver Alliance, car ses membres sont nos prescripteurs. Le groupe Ouicare qui fait de l’aide à domicile ou les pharmacies Giphar par exemple peuvent être d’excellents relais pour notre service.

Ce service que vous mettez en œuvre, jusqu’à quand allez-vous le prolonger ?

Aline Victor : Je parlerai d’efficacité. Notre objectif c’est d’avoir une vraie implication auprès de ces publics et d’atteindre un nombre suffisant de personnes aidées. On veut être sûrs que cette offre-là sera pertinente et utile. Nous ne nous fixons donc pas de date de fin. 

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