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En France, on ne veut pas voir que la dénutrition tue toujours

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En France, on ne veut pas voir que la dénutrition tue toujours

En France, on ne veut pas voir que la dénutrition tue toujours

Elle affecte principalement des personnes dont l’âge, la maladie ou les traitements de la maladie diminuent la faim ou diminuent les capacités de s’alimenter suffisamment.

Par Éric Fontaine Président de la Société Francophone de Nutrition Clinique et Métabolisme, Fondateur du Collectif de lutte contre la dénutrition

 

En France, on ne veut pas voir que la dénutrition tue toujours

Le Gouvernement annonçait récemment une hausse du plafond du forfait hospitalier de 18 à 20 euros. Cela aurait pu être l’opportunité d’améliorer la qualité de la prise en charge, en améliorant, par exemple, la qualité des repas servis à l’hôpital. Bien que la dénutrition touche environ 30% des personnes hospitalisées et plus de 2 millions de personnes en France, cette augmentation de 2 euros se concentre sur la réduction du déficit de la Sécurité Sociale et sur l’alignement sur l’inflation…

Au pays de la gastronomie, les idées reçues sur l’alimentation – et la dénutrition – sont légion: plus on vieillit, plus on maigrit; la dénutrition est causée par la famine (et sévit donc hors de France) ou ne concerne que les personnes en situation de précarité… La réalité est tout autre. Il est anormal de maigrir (en dehors d’un régime amaigrissant). La dénutrition existe en France. Elle affecte principalement des personnes dont la maladie ou les traitements de la maladie diminuent la faim ou diminuent les capacités de s’alimenter suffisamment.

En France la dénutrition ne fait l’objet d’aucune politique de santé publique. On sait pourtant que la dénutrition diminue les défenses immunitaires, ce qui a pour effet de favoriser les infections, de ralentir la cicatrisation, d’augmenter les coûts de santé et de diminuer la qualité de vie, et parfois même, la quantité de vie. Car la dénutrition tue. Elle le fait généralement en favorisant une maladie infectieuse qui peut être tout à fait banale (la grippe par exemple) puis en empêchant sa guérison, transformant une maladie bénigne en une maladie mortelle.

Selon une étude OpinionWay pour le Collectif de lutte contre la dénutrition, 89% des médecins considèrent la dénutrition comme un enjeu de santé publique. Pourtant cette même étude révèle que seuls 50% des médecins ont été formés à la dépister.

Agir sur les causes plutôt que les conséquences. Parmi les 4 priorités de la stratégie nationale de santé 2018-2022, dévoilée en septembre par le ministère de la Santé, figure la nécessité d’accroître la pertinence et la qualité des soins. Or, pour que des soins de qualité soient efficaces, ils doivent inclure les traitements contre la dénutrition. Ces traitements existent mais sont sous-utilisés. Les raisons de cette sous-utilisation ou d’une utilisation trop tardive, sont multiples. Mais le manque de personnels formés est une des causes de cet état de fait.

L’augmentation du forfait hospitalier, telle qu’elle a été pensée, est donc une occasion manquée. Sa vocation est budgétaire et non sanitaire. Pourtant, en luttant contre la dénutrition, la France pourrait réduire le nombre d’hospitalisations et leurs durées, combattre les risques d’infections, et améliorer la qualité de vie de nos concitoyens.

Dans un pays où la population vieillit (les + de 65 ans passeront de 15,9 millions à 19 millions de personnes en 2020) et face aux risques pour l’avenir d’une multiplication des cas de dénutrition, le Collectif de lutte contre la dénutrition s’est mobilisé pendant la campagne présidentielle 2017 pour faire de la dénutrition une grande cause nationale en 2018.

 

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