L’édito d’Eric Fontaine / Une semaine, c’est un (bon) début !

par le professeur Eric Fontaine, président du Collectif de lutte contre la dénutrition

Faire un feu n’est pas toujours facile. On peut avoir tout préparé dans les règles de l’art, débuter par une belle flambée, mais constater que les buches ne prennent pas. On recommence alors, un peu dépité, en utilisant des feuilles de papier. Il en faut parfois beaucoup. Surtout, il en faut longtemps. Et puis finalement le feu prend pour de bon. Quelle feuille de papier a été l’étincelle ? Bien difficile à dire. Toutes peut-être. Et à quoi bon savoir puisque l’important est le résultat : un bon feu qui chauffe enfin la maison et qui la chauffera longtemps, tant que l’on rajoutera du bois.

Pourquoi cette image me vient-elle à l’esprit lorsque je fais le point sur les actions du Collectif de lutte contre la dénutrition ? Parce que je crois que notre travail commenceenfin à porter ses fruits. Il aura fallu des actions d’éclats (la parution du Manifeste, des pétitions, un film) mais aussi beaucoup de démarches besogneuses et parfois improductives (du moins en apparence) pour obtenir cette année quelquesavancées significatives.

Si l’on pouvait se féliciter du rapport de Dominique Libaultsur la concertation grand âge et autonomie, publié en mars 2019 et dans lequel on retrouve avec plaisir des propositions du Collectif, c’est surtout le PNNS 4 en septembre 2019 qui confirme que la dénutrition devient enfin un problème de santé publique. Il s’en est fallu de peu. En effet, le rapport de l’IGAS sur le PNNS 3 suggérait de ne pas inclure la dénutrition dans le futur PNNS, dont l’objectif premier est la prévention des maladies nutritionnelles et non leur prise en charge. Bien évidemment, l’objectif du Collectif est d’obtenir plus de moyens pour prévenir, dépister et traiter la dénutrition. Et bien sûr, le PNNS n’a pas pour objet la prise en charge des patients. Mais ne boudons pas notre plaisir. L’apparition dans le nouveau PNNS d’une « semaine nationale de la dénutrition », qui aura pour objectif de sensibiliser le grand public et les professionnels de santé et du secteur social à la dénutrition, est incontestablement une première étape dans la construction du parcours de soins des personnes soufrant de dénutrition.

Il va falloir maintenant alimenter le feu, et faire de cette « semaine nationale de la dénutrition » un évènement médiatique récurent majeur. Nous aurons besoin de toutes les bonnes volontés pour déployer cette action sur l’ensemble du territoire national. Que vous soyez, un professionnel, un patient, un aidant, vous avez certainement des idées d’actionsauxquelles nous n’avons pas pensé. N’hésitez pas à nous les faire connaître. Le Collectif pourra les diffuser et probablement les démultiplier. Rien ne serait plus rageant qu’un feu qui s’éteint par manque de bois alors que la maison est encore froide.